Le Coup de Grâce

Le Coup de Grâce

Marguerite Yourcenar, Le Coup de grâce, Paris, Gallimard, 1939, 171 p. Roman rédigé d’avril à août 1938.
- Paris, Gallimard, 1953, 169 p. (Version modifiée). - Lausanne, La Petite Ourse, 1964, 159 p. (Ajout d’une préface). - Paris, Le Livre de Poche, 1966, 160 p. (Légères modifications à la préface). - Précédé d’Alexis ou le Traité du vain combat, Paris, Gallimard, 1971, 251 p. - Œuvres romanesques, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1982 et 1991, pp.77-157.

Résumé

L’action se passe dans les régions de la Baltique, au temps de la guerre civile de 1919-1920, après la révolution russe. Le livre raconte une histoire d’amour entre un officier allemand des Corps Francs et une châtelaine qui rejoint, finalement, les Bolcheviques, après avoir découvert que l’homme aimé est attiré par son propre frère. Elle devra payer de sa vie cette trahison à sa classe et exigera que son amant soit son exécuteur.

Premier paragraphe

Il était cinq heures du matin, il pleuvait, et Éric von Lhomond, blessé devant Saragosse, soigné à bord d’un navire-hôpital italien, attendait au buffet de la gare de Pise le train qui le ramènerait en Allemagne. Beau, en dépit de la quarantaine, pétrifié dans une espèce de dure jeunesse, Éric von Lhomond devait à ses aïeux français, à sa mère balte, à son père prussien, son étroit profil, ses pâles yeux bleus, sa haute taille, l’arrogance de ses rares sourires, et ce claquement de talons que lui interdisait désormais son pied fracturé et entouré de bandages. On atteignait l’heure entre loup et chien où les gens sensibles se confient, où les criminels avouent, où les plus silencieux eux-mêmes luttent contre le sommeil à coups d’histoires ou de souvenirs. Éric von Lhomond, qui s’était toujours tenu avec obstination du côté droit de la barricade, appartenait à ce type d’hommes trop jeunes en 1914 pour avoir fait autre chose qu’effleurer le danger, et que les désordres de l’Europe d’après-guerre, l’inquiétude personnelle, l’incapacité à la fois de se satisfaire et de se résigner, transformèrent en soldats de fortune au service de toutes les causes à demi perdues ou à demi gagnées.

Références

Helen WATSON-WILLIAMS "Vie obscure" : a Reading of Marguerite Yourcenar's "Le Coup de Grâce", Essays in French Literature, 21, 01/11/1984, pp. 68-80 Luc RASSON, Un humanisme inadéquat. A propos du Coup de grâce, in Bulletin de la Société Internationale d'Etudes Yourcenariennes, n° 5, Novembre 1989, pp. 47-60. Anne-Catherine DELLEY, La vision du tragique dans Le Coup de Grâce de Marguerite Yourcenar, Mémoire de licence. Jacques-Gérard LINZE, Le Coup de grâce, coup de maître, Bruxelles, Centre International de Documentation Marguerite Yourcenar, n° 5, Décembre 1993, pp. 76-80. Doris T.WIGHT, Confessions in Gide's L'Immoraliste and Yourcenar's Coup de grâce, in Degré second, n° 12, Novembre 1989, pp. 39-43. Brian GILL, L’altérité dans Le Coup de grâce, Montréal (Québec), XYZ éditeur Collection Documents, in Marguerite Yourcenar. Écritures de l’Autre. Actes du colloque international - Université de Montréal - Juin 1996, 1997, pp. 53-61. D’autres articles disponibles dans la base de données documentaire.

Traductions

Allemand, Anglais, Bulgare, Catalan, Coréen, Croate, Danois, Espagnol (Espagne), Estonien, Finnois, Italien, Japonais, Lituanien, Néerlandais, Polonais, Portugais (Brésil et Portugal), Roumain, Serbo-croate, Slovène, Suédois, Tchèque, Turc, Vietnamien. Références complètes des livres dans la base de données documentaire.

Types d'adaptations

Théâtre, Cinéma

Adaptations

Der Fangschuss par Volker Schlöndorff (avec Matthias Habich, Margarethe von Trotta, Mathieu Carriere…), Munich/Paris/Francfort, Argos Film, 1976, 95 Min., Noir/Blanc. Disponible chez Arte Éditions.

Lecture par Marguerite

Avis de l'auteur

J'ai aussi rêvé à une suite au Coup de grâce : c'eût été la vie d'Eric vieilli… (72) Dans Le coup de grâce, (…), la réalité l'emporte, parce qu'elle est si forte, mais il y a des personnages qui sont encore présentés jusqu'à un certain point comme des personnages d'envergure mythique : les chevaliers porte-glaives et l'héroïque Sophie. Le mythe était pour moi une approche de l'absolu. (92) Avec Le coup de grâce, je me suis rendu compte qu'il valait mieux se donner un certain recul dans le temps et dans l'espace, en évoquant ces guerres baltes de 1919-1921 (que naturellement je n'avais pas vécues). C'était déjà devenu de l'Histoire, et cela m'obligeait à rester fidèle à un milieu spécifique, à un milieu donné, à un temps donné dont nous voyons déjà en partie les aboutissements, ce qui, pour moi, est peut-être l'essentiel de l'Histoire. C'était d'ailleurs une aventure authentique qui m’avait été racontée par un ami, et ensuite par le frère de l'intéressé, que j'appelle Eric dans le roman. Elle m'avait touchée parce qu'il s'agissait d'une affaire d'amour entre trois jeunes êtres, isolés dans une atmosphère de guerre, en pays dévasté. Je sentais qu'il y avait là une beauté tragique, ainsi qu'une unité de lieu, de temps et de danger, comme disaient si merveilleusement nos classiques. Le lieu et le temps, c'était la Livonie, ou plutôt la Courlande, pendant les putsch germaniques contre le régime bolchevique, vers 1919-1921. Pour le danger, il y avait certes le drame, le drame humain des trois jeunes gens isolés, mêlé au drame de la guerre, de la misère, des idéologies contradictoires. (118) (in Les Yeux ouverts, Le Centurion, 1980.)

Avis de la critique

Le Coup de Grâce n’est pas un récit « diabolique ». il a l’horreur d’une chose vraie ; ce qui est toujours plus terrible qu’une chose inventée. Mais cette horreur simple et comme naturelle égale en effroi presque tout ce que je connais de plus saisissant. […] Pour tout dire, je le considère comme un des meilleurs romans brefs de ces dernières années, et je serais bien surpris qu’on ne s’en avisât pas un jour ou l’autre. […]. Mme Marguerite Yourcenar est le seul écrivain qui ait tiré des éléments confus de l’histoire contemporaine le sujet d’une véritable tragédie, comme Racine l’a fait dans Bajazet. […] il est peu d’ouvrages contemporains qui, mieux que celui-là, témoignent de la survivance dans le roman moderne des plus sévères qualités de l’esprit classique. Edmond Jaloux in Les Nouvelles littéraires, 5 août 1939, p. 4 Ce récit intense, d’une intelligence claire, d’un accent ferme et viril, d’une sensibilité frémissante et contenue, a la cruauté, la concision et la pureté de forme d’une tragédie de Racine. Henri Hell in Le Figaro littéraire, n° 391, 17 octobre 1953, p. 10. […] cette âpre et tragique histoire, poignante et désespérée. Jean Ledoyen in Arcadie, n° 28, avril 1956, pp. 63-64. D’autres articles disponibles dans la base de données documentaire.

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