Électre ou la Chute des Masques

Électre ou la Chute des Masques

Marguerite Yourcenar, Électre ou la Chute des Masques, Paris, Plon, 1954, 137 p. [Assorti d’un avant-propos de M. Yourcenar] Pièce de théâtre écrite en 1943.
- Théâtre II, Paris, Gallimard, 1971, 231 p., pp. 9-79.

Résumé

Le thème est antique dans ses grandes lignes : Clytemnestre, mère d’Électre et d’Oreste, a tué Agamemnon, son mari infidèle, à son retour de la guerre de Troie. Électre, obnubilée par la vengeance, prépare Oreste au matricide vengeur. Mais – et c’est là une originalité due à Yourcenar –, au moment de s’exécuter, Oreste apprend qu’il n’est pas le fils d’Agamemnon, mais celui d’Egisthe, l’amant de sa mère. Il tuera cependant celle-ci, choisissant de rester « le frère d’Électre ».

Premier paragraphe

Théodore : Électre ! Il est cinq heures du matin, Électre !... Elle dort… Elle ne m’entend pas… Petite Électre !... Douce Électre ! Électre : C’est toi, Théodore ? Je viens de voir en rêve un homme portant un baquet de sang. Théodore : Ne t’excite pas ainsi, Électre. Ce que tu vois n’est qu’un peu de braises de l’âtre, le plat de charbons ardents que j’apporte chaque matin pour que tu n’aies pas froid. Électre : Je n’ai pas froid. Je sue toutes les nuits. Théodore : Mais tu aurais froid, si je ne me levais pas pour remonter les couvertures sur tes épaules après chaque cauchemar. Électre, lui caressant la tête, comme à un chien : Oui, tu es bon, tu es gentil, toi, Théodore.

Références

Lothar Henry RUBINSTEIN, Les Oresties dans la littérature avant et après Freud, in Entretiens sur l’art et la psychanalyse, The Hague, Mouton, 1968, pp. 224-238. Dori KATZ, Marguerite Yourcenar in the theatre, in Performing Acts, VI, 17 , n° 2, 1982, pp. 97-109. Magdeleine JACQUES-BENOIST, Quand Egisthe est le père d'Oreste, in La Table Ronde, Janvier 1955, p. 164. Rémy POIGNAULT, Les deux Clytemnestre de Marguerite Yourcenar, Bulletin de la Société Internationale d'Etudes Yourcenariennes (La scène mythique), n° 9, Novembre 1991, pp. 25-48. Françoise BONALI FIQUET, Du Lamento du jardinier de Giraudoux au dialogue de Théodore et d'Electre dans Electre ou la chute des masques de Marguerite Yourcenar, Bulletin de la Société Internationale d'Etudes Yourcenariennes (La scène mythique), op. cit., pp. 61-72. Gabriel MARCEL, Le théâtre de Marguerite Yourcenar, Livres de France, n° 5, Mai 1964, pp. 4-7. D’autres articles disponibles dans la base de données documentaire.

Traductions

Anglais (USA, Canada), Espagnol (Espagne), Italien. Références complètes des livres dans la base de données documentaire.

Types d'adaptations

Théâtre

Adaptations

Théâtre des Mathurins, par Jean Marchat, Paris, octobre-novembre 1954. Théâtre de Savoie, diffusion Radio Suisse Romande 2, 2 février 1982. Mise en scène par L. Coppola, Rome, août-septembre 1986. Mise en scène par M. Avogadro, Sicile, août 1990. Liste complète disponible sur demande.

Lecture par Marguerite

Avis de l'auteur

Quand la porte de la hutte se referme sur les trois fugitifs unis par un crime dont les mobiles mêmes se sont désagrégés en eux, nous devons sentir que rien ne dénouera plus ces trois inséparables qui seront tour à tour, les uns pour les autres, leurs dieux et leurs Furies, leurs infirmiers et leurs fantômes. Nous savons qu’aucune décision d’un Aréopage humain ne leur rendra la paix, ni n’exorcisera ce destin qu’ils préfèrent peut-être à la paix. Le problème de la justice n’est pas du ressort de ces malheureux ; celui de la vérité non plus. C’est déjà beaucoup que l’événement ait fait table rase des motivations traditionnelles, des prétextes héroïques ou utilitaires sur lesquels ils s’appuyaient pour agir ou juger, et que les visages aient dévoré les masques. (in Avant-propos, p. XXXIV) …bien qu'on ne l'ait guère vu jusqu'ici. Electre ou la chute des masques, c'est Le coup de grâce : trois êtres, ou plutôt quatre, soudés entre eux par l'amour, la haine et le danger. Les positions réciproques des personnages sont certes différentes Electre est une soeur et non une amante, tandis que Sophie est bien plus une amante qu'une soeur, Electre est odieuse là où Sophie est bonne. Mais la somme totale est la même, et c'est sans paradoxe que l'honnête Chopin du Coup de grâce devient pour moi l'honnête Théodore d'Electre. (in Les Yeux ouverts, Le Centurion, 1980, p. 199).

Avis de la critique

Mme Yourcenar nous montre là ce que devient un thème classique adapté à notre façon et à notre mesure. Sa pièce est féroce parce que nous sommes devenus des bêtes féroces, sous notre vernis de civilisation, et que nous avons choisi de remplacer l’antique Destin par celui que nous trouvons en nous seuls et qui est pire, ou tout au moins dépourvu de noblesse. Et nous nous demandons, si Mme Yourcenar, nourrie aux lettres anciennes, n’a pas eu là un réflexe vengeur. (Hommes et Mondes, septembre 1954, p. 317.) D’autres articles disponibles dans la base de données documentaire.

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