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Marguerite Yourcenar, La Mort conduit l’attelage, Paris, Grasset, 1934, 239 p. Récits rédigés entre 1921 et 1924 et révisés en 1932-1933.

Couverture de l'édition originale

Tirage épuisé. Jamais réédité.

Le livre n’a jamais été traduit et il n'y pas d'adaptation à ce jour.

Le récit est constitué de trois nouvelles titrées D’après Dürer, D’après Gréco et D’après Rembrandt. Elles sont issues d’un ancien grand roman jamais abouti appelé Remous. À la manière des peintres, M. Yourcenar met en scène des personnages qu’elle reprendra plus tard dans des récits beaucoup plus long : Zénon pour L’Œuvre au Noir – Anna de La Cerna pour Anna, Soror… - Nathanaël pour Un homme obscur.

Marguerite Yourcenar - Les nouvelles de La mort conduit l'attelage, griffonnées à vingt ans, étaient rédigés dans un style informe, mais c'était déjà, pour le rythme, le mouvement, quelque chose qui s'approchait du style « libre » auquel j'ai finalement abouti. (in Les Yeux ouverts, Le Centurion, 1980, pp.46). Pour Remous, je suis allée plus loin, presque jusqu'à la publication, c'est-à-dire que j'ai fait d'énormes ébauches d'un roman qui aurait couvert plusieurs époques. Et puis, quand j'ai relu cette ébauche, à l'âge de vingt-huit ans, je me suis rendu compte que cela ne tenait pas debout, que les lacunes étaient formidables et que je n'aurais pas pu les remplir. Je ne connaissais pas assez l'Histoire. Alors j'ai tailladé dans tout cela, et j'en ai gardé trois nouvelles qui ont paru en 1934 : c'était La mort conduit l'attelage. (in Les Yeux ouverts, Le Centurion, 1980, pp.57-58).

Premiers paragraphes :

D’APRÈS DÜRER Henri-Maximilien Ligre, par petites étapes, continuait sa route vers Paris. Des querelles opposant le pape à l’empereur, il ignorait tout. Il savait seulement que l’amiral Chabot de Brion venait d’envahir la Savoie et, mêlant aux larges images de Virgile les récits du drapier son père, il voyait, par delà des glaciers hérissés de pins, sous un ciel bleu, au cœur des vastes plaines où paissent des troupeaux blancs, des villes ciselées comme un coffret, débordantes d’étoffes, d’orfèvreries et de cuirs travaillés, riches comme des entrepôts, solennelles comme des églises ; des jardins pleins de statues, des salles pleines de manuscrits rares ; des femmes vêtues de soie accueillantes aux grands capitaines ; toutes sortes de raffinements dans la mangeaille et la débauche, et, sur des tables d’or massif, dans des fioles en verre de Venise, l’éclat moelleux du Malvoisie.

D’APRÈS GRECO Egmont de Wirquin, dont la terre de Baillicour venait d’être érigée en comté, fut reçu par l’Infante avec toutes sortes d’honneurs. On lui savait gré de sa conduite au siège de Dôle. Le marquis de Spinola, sous lequel il combattait, prisait l’aide fournie par sa fortune et sa bravoure : la première semblait inépuisable ; ses ennemis eux-mêmes ne contestaient pas que sa témérité ne ressemblait à du courage. Il était inquiet, rancunier, secret, plein de détours habiles et de subites imprudences ; sur la route pavée d’or qui le ménerait aux honneurs, chaque distinction nouvelle n’avait été qu’une étape, infiniment longue à franchir.Sa jeunesse s’était usée en expéditions obscures, parmi des capitaines espagnols, aussi gueux que hâbleurs, dont les titres interminables l’agaçaient comme une ironie.

D’APRÈS REMBRANDT Nathanaël se mourait à l’Hôtel-Dieu d’Amsterdam. Un jour, au temps de sa jeunesse, Nathanaël eut une vision. Il vit le Christ. Ce n’était qu’un Christ en bois peint, pendu à la croix d’un calvaire, mais à Nathanaël ce simulacre parut vivant. Le sculpteur danois, mort peut-être depuis des siècles, n’avait pas tâché d’embellir l’image. Ce Christ avait un visage naïf et rude, des yeux étonnés qui n’essayaient pas même de comprendre, et de gros muscles de charpentier infatigable. Il n’était pas jeune, comme on le représente d’habitude, mais à l’âge où de longs travaux, sans cesse recommencés avec patience, ont voûté les épaules et fait saillir les veines des bras. Ce vieil artisan du monde paraissait las de souffrir. Nathanaël pensa que ce ne pouvait être un Dieu. C’était un homme, et tout les hommes. Nathanaël, ce jour-là, apprit à voir dans chaque homme un charpentier crucifié.

Réception critique : […] C’est un livre fort, auquel on pourrait tout au plus demander un peu plus de continuité dans le récit. La narration se perd quelques fois au profit de réflexions originales mais un peu confuse ou trop en dehors du récit lui-même. Henri LIEBRECHT in Le Soir Illustré, 377, 11 mai 1935, p.18. Mme Yourcenar a voulu montrer par le choix de son inspiration, qu’elle avait l’intention de glisser dans l’éclairage de ses contes, un peu de la lumière qui remplit l’œuvre de ces trois homme. […] Edmond Jaloux in Les Nouvelles littéraires, 647, 9 mars 1935, p.5. D’autres articles disponibles dans la base de données documentaire.

Articles ou livres de références :
- Manuela LEDESMA, La Mort conduit l'attelage : trois textes virtuels in Bulletin de la SIEY, 18, Tours, SIEY, 12/1997, pp. 39-64.
- Michel DUPUIS, Du remous à l'écoulement : la genèse d'Anna, Soror… in Roman, histoire et mythe dans l'oeuvre de Marguerite Yourcenar. Actes du colloque international d'Anvers, Tours, SIEY, 1995, pp.141-154.

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