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Rédigée en 1961 à la demande d’un metteur en scène parisien, la pièce ne paraitra que dix ans plus tard dans Théâtre I, Paris, Gallimard, 1972, pp. 7 à 134, précédée  d’une « Histoire et examen d’une pièce » et suivie d’un « Etat civil » fournissant le futur des personnages jusqu’à leur décès.

Théâtre I, Rendre à César

Rendre à César constitue la représentation dramatique du roman Denier du rêve dont la version définitive date de 1959. La pièce se situe comme le roman dans l’Italie fasciste de 1933. C’est une sorte d’affabulation politique de l’histoire d’un attentat manqué contre Mussolini, qui sert de fil conducteur à une série de faits divers et individuels. Marcella, une anarchiste, projette un attentat contre Mussolini. Elle vit séparée de son mari, un médecin de renom. C’est chez cette femme que sera arrêté Calo Stevo, le grand écrivain antifasciste. Une dizaine de personnage, très dissemblables, évoluent dans cet univers de conspiration, sans toutefois être mêlés au complot. Le 23 avril 1933, le « dictateur » harangue la foule massée devant le palais Balto. Marcella, cachée sous le porche de Saint Jean Martyr, attend l’arrivée du Duce…

Adaptations : Diffusion sur France-Culture, avec Paulette Frantz, Bruno Balp, Marcel André, 10/08/1972 ; Par Michel Touraille, le Théâtre Quotidien, Montpellier, 22/01-17/02/1980 ; Rendre à César par Jean Gillibert, en 1981 ; Rendre à César par Jean-Pierre Andréani, avec Laurent Montel, Alexandra Vandernoot, Laurent Montel, Gérard Dubouche, Gérard Touratier, Xavier Béja, Paris, Théâtre de Paris-Plaine, janvier-février 1991.

Marguerite Yourcenar - En 1961, moins de deux ans après la publication, fort discrète, de la version définitive de Denier du rêve, un directeur de théâtre me ria de dramatiser un de mes livres. Ce texte encore tout chaud me parut se prêter à cette tentative. La refonte de ce court roman m’avait demandé plusieurs mois d’un travail exaltant et épuisant qui risque trop souvent d’être pris par le critique et le lecteur pour un rapetassage au lieu de la remise en question et de l’affrontement avec soi-même qu’il est en effet. La composition  de Rendre à César ne présenta plus guère au contraire que des problèmes formels, s’il en est qu’on puisse complètement définir ainsi. Quand j’envoyai la pièce terminée à l’amical directeur, celui-ci, comme il eût peut-être fallu s’y attendre, se trouvait déjà sans compagnie et sans fonds. Mais peu importait : je lui dois cette expérience qui consiste à passer pour un sujet donné de la forme romanesque, dans laquelle l’auteur n’accorde que çà et là à ses personnages l’aubaine d’un monologue ou d’un dialogue, à une forme dans laquelle ces mêmes personnages occupent toute la scène, et relèguent dans le trou du souffleur l’auteur remis à sa place. [ Préface de Rendre à César, p. 16).

Traductions : Anglais, catalan, espagnol, italien

Premier paragraphe : Scène I : La terrasse d’un café. La lumière a une qualité de plein jour. On aperçoit d’abord que Paolo Farina et Liona Chiari assis à une table de café. Lina parle vite, haut, plaintivement, et avec affectation.
LINA : Je ne dis pas qu’un billet de cent lires, c’est trop peu ; je dis : c’est peu de chose. Évidemment, tu ne viens qu’un jour par semaine ; le reste du temps, je me débrouille comme je peux pour gagner ma vie. Mais tout de même, tous les lundis, tu t’amènes de Pietrasanta, et tu ne repars que le mardi par l’accéléré de onze heures dix-sept. Réglé comme une montre. Ce n’est pas que je me plaigne ; on va au café ; tu me paies le cinéma ; quand il fait beau, on se promène nous deux à la Villa Borghèse. Enfin, pour moi, c’est comme qui dirait jour férié, et comment je fais pour vivre, les six autres jours, tu t’en moques. Tu n’es pas si regardant avec ta belle-sœur.
PAOLA : Laisse ma belle-sœur tranquille, Lina.
LINA : Et comment ! Cette grande perche qui vend des cierges et des saintes vierges de plâtre à Sainte-Marie-Mineure ! Entre toi et moi, on comprend que ta femme soit partie sans crier gare.
PAOLO : Laisse ma femme tranquille, Lina. Et puis, parle un peu moins haut ; les gens entendent.

Réception critique : De cette pièce se dégage l’infinie mélancolie de ces solitudes tragiques qui se croisent, la vanité de cet attentat manqué, l’inconsistance de ces dix lires échangées, symbole des relations humaines. […] Théâtre à lire peut-être plus qu’à voir mais qui ménage une vraie rencontre avec Marguerite Yourcenar. (Indications, 1972, n° 3, pp. 1-4).

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